À retenir en 30 secondes
- La qualité de l’indication reste plus importante que la technologie utilisée.
- Je privilégie un équilibre ligamentaire obtenu sans release chaque fois que la déformation le permet.
- Robotique, alignement personnalisé et sur-mesure sont trois notions différentes.
- Une grande déformation doit être analysée sur l’ensemble du membre.
- La récupération vise la fonction et la reprise d’une vie active, pas uniquement une amplitude chiffrée.
Avant la technique : être sûr que la PTG répond au bon problème
Une PTG est une excellente opération lorsqu’elle traite une arthrose responsable de la limitation principale du patient. Elle est beaucoup moins prévisible lorsque la douleur est mal localisée, que l’imagerie et l’examen ne concordent pas ou que d’autres causes — hanche, rachis, douleur neuropathique — dominent le tableau.
Je cherche donc à définir avant l’intervention ce que le patient veut retrouver et si la prothèse a une probabilité raisonnable de l’apporter. Marcher plus longtemps, dormir, retrouver des voyages ou reprendre une activité sportive sont des objectifs plus utiles que « avoir une belle radiographie ».
L’équilibre ligamentaire est pour moi un élément central du résultat
Le genou n’est pas une charnière rigide. Les ligaments guident la translation et la rotation au cours de la flexion. Une PTG peut être parfaitement implantée sur le plan radiologique mais rester inconfortable si les espaces ligamentaires ne sont pas cohérents.
J’ai été formé à l’alignement mécanique classique, longtemps considéré comme le standard. Ma pratique a progressivement évolué vers une personnalisation plus cinématique lorsque la déformation le permet. Le point le plus important dans cette évolution est la volonté de préserver l’enveloppe ligamentaire : les releases sont devenus exceptionnels dans ma pratique.
Cette approche ne signifie pas accepter n’importe quel axe. Dans une déformation majeure, il faut déterminer si le problème est intra-articulaire ou extra-articulaire. Corriger artificiellement une grosse déformation fémorale ou tibiale uniquement dans les coupes articulaires peut créer de nouveaux compromis.
La robotique : mesurer objectivement ce que la main ressent
La robotique ne choisit ni l’implant ni ma philosophie d’alignement. Je la considère comme un instrument de mesure et d’exécution. Son intérêt majeur est de rendre objectivable l’équilibre ligamentaire à différents degrés de flexion, alors qu’une partie de cette évaluation reposait historiquement sur le ressenti du chirurgien.
Le ressenti humain reste important : aucun chiffre ne remplace l’examen direct du genou. Mais disposer de mesures répétables permet de confronter l’impression clinique aux données, de simuler l’effet d’un changement de coupe ou de positionnement et d’éviter certains ajustements inutiles.
Être plus précis ne garantit pas automatiquement un meilleur résultat clinique. Une technologie précise appliquée à une mauvaise indication ou à un mauvais plan reste une mauvaise chirurgie. C’est pourquoi la robotique doit rester un outil au service d’une stratégie, pas un argument commercial.
Sur mesure : distinguer l’implant réellement individualisé du simple guide personnalisé
Le terme « sur mesure » est utilisé pour des réalités très différentes. Une planification personnalisée ou un guide de coupe spécifique ne transforme pas un implant standard en implant sur mesure. Une vraie prothèse individualisée adapte la géométrie des composants à l’anatomie du patient.
J’utilise fréquemment la prothèse sur mesure ORIGIN de Symbios chez des patients dont l’anatomie et l’appareil ligamentaire s’y prêtent. L’objectif est de mieux reproduire couverture, dimensions, courbures et encombrement du genou, et de réduire certains compromis imposés par une gamme standard.
Je ne la considère pas comme la meilleure solution pour tous. Des séquelles traumatiques importantes, une instabilité ligamentaire ou une déformation complexe peuvent nécessiter un implant plus modulaire ou contraint. Le choix du meilleur implant vient après l’analyse du genou, pas avant.
Ce qui influence réellement la récupération
Les premières semaines sont dominées par l’inflammation, le gonflement et la récupération du quadriceps. L’objectif n’est pas de forcer mécaniquement le genou pour atteindre un chiffre de flexion à tout prix, mais de récupérer une extension complète, une marche de qualité et une flexion progressive compatible avec les activités.
Le résultat continue souvent à évoluer pendant plusieurs mois. Un patient actif et musclé avant l’intervention ne récupère pas comme un patient déconditionné depuis deux ans. La préparation physique, le contrôle de la douleur, la qualité du sommeil et la régularité de la rééducation ont donc une importance très concrète.
Le sport fait partie du projet chez les patients actifs. Je n’utilise pas une liste dogmatique d’interdictions : la reprise dépend de l’expérience préalable, de l’impact, du risque de chute et de la récupération. Un skieur expérimenté qui reprend le ski n’est pas dans la même situation qu’un patient qui voudrait apprendre ce sport après sa PTG.
Ce que les patients demandent souvent
Le robot opère-t-il à ma place ?
Non. Le chirurgien décide, planifie, valide les mesures et réalise l’intervention.
Une PTG sur mesure est-elle toujours meilleure ?
Non. Elle est intéressante chez des patients sélectionnés, mais la qualité ligamentaire et la déformation restent déterminantes.
Pourquoi certains patients restent-ils gênés malgré une belle radio ?
La douleur et la satisfaction dépendent de nombreux facteurs : équilibre ligamentaire, amplitude, force, attentes, sensibilité, cicatrisation et autres sources de douleur.
Références et recommandations
Sélection de recommandations et publications utilisées pour cette page. Les sources suisses et françaises sont privilégiées lorsqu’elles existent et sont pertinentes ; elles sont complétées par les recommandations internationales et les études pivots.
- SIRIS — Rapports Hanche & Genou
- SIRIS Hanche & Genou — Rapport annuel 2025 : résultats nationaux suisses des arthroplasties
- SOFCOT — Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique : médiathèque scientifique
- swiss orthopaedics — Recommandations et publications (genou, infiltrations, LCA, indication de prothèse)
- Cinelli et al. — Total knee arthroplasty and the evolution of coronal alignment (2025)
- Everaert et al. — Variability in ligament-balance measurements and robotic planning (2026)
- Sajan et al. — Customized individually made ORIGIN implants in TKA (2023)
- NICE NG226 — Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management
- swiss orthopaedics — Informations destinées aux patients
- AAOS — Surgical Management of Osteoarthritis of the Knee
- AAOS — Management of Osteoarthritis of the Knee (Non-Arthroplasty)