À retenir en 30 secondes
- La qualité de l’indication et de la reconstruction compte davantage que le nom d’une technique.
- J’associe planification 3D, voie antérieure sans table de traction et testing peropératoire de la stabilité et des longueurs.
- Ciment, taille de tête et double mobilité sont choisis selon l’âge, l’os, le rachis, le risque d’instabilité et l’activité.
- Je n’impose généralement pas de mouvements interdits après une PTH primaire stable.
- Le projet postopératoire vise une reprise active, y compris sportive, de façon progressive et individualisée.
Le résultat commence par l’indication
Une prothèse totale de hanche fonctionne particulièrement bien lorsque la douleur et la limitation viennent réellement de l’articulation. Cela paraît évident, mais une douleur de l’aine, de la fesse ou de la cuisse peut parfois être mixte avec un problème lombaire ou tendineux.
Avant l’intervention, j’essaie donc de formuler avec le patient ce que la PTH doit changer : marcher, dormir, remettre des chaussures facilement, reprendre les voyages ou certaines activités. Une opération n’est pas un objectif en soi ; c’est un moyen de restaurer une fonction devenue insuffisante.
Planification 3D : anticiper l’anatomie avant d’entrer au bloc
La planification tridimensionnelle permet d’étudier la taille et la position probables des composants, le centre de rotation, l’offset et la longueur. Elle ne remplace pas ce que l’on retrouve pendant l’intervention, mais elle donne un cadre beaucoup plus précis qu’une estimation uniquement bidimensionnelle.
Je réalise principalement la voie antérieure sans table de traction. Le membre reste libre pendant l’intervention, ce qui me permet de tester la stabilité dans plusieurs positions et de contrôler directement les longueurs. J’associe donc une planification précise en amont à une vérification clinique peropératoire plutôt que de demander à un seul outil de décider.
L’inégalité de longueur et l’instabilité font partie des complications qui préoccupent légitimement les patients. Aucun procédé ne peut garantir leur absence, mais planification, choix des implants et testing peropératoire visent précisément à réduire ces risques.
Le choix des implants dépend du patient, pas d’une préférence unique
J’utilise fréquemment une tête en céramique sur polyéthylène moderne, généralement en 32 ou 36 mm selon la taille du cotyle et l’anatomie. Cela permet d’utiliser les qualités d’une tête céramique sans exposer au couple céramique–céramique dans toutes les situations.
Le cotyle est le plus souvent fixé sans ciment dans ma pratique. Au fémur, je suis beaucoup plus conservateur chez les patients âgés ou ostéoporotiques : une tige cimentée peut diminuer le risque de fracture péri-prothétique, particulièrement lorsque la qualité osseuse est fragile. Il ne s’agit donc pas d’opposer « moderne » et « ancien », mais de choisir la fixation adaptée à l’os.
J’utilise volontiers la double mobilité lorsque le risque d’instabilité est plus élevé : âge, antécédents neurologiques, rachis lombaire très raide, obésité ou autres facteurs pertinents. L’objectif est de construire une hanche stable pour ce patient particulier.
Voie antérieure et cicatrice bikini : intérêt réel, sans promesse marketing
La voie antérieure passe par un intervalle intermusculaire et respecte les plans anatomiques. L’incision dite « bikini » suit un pli cutané lorsqu’elle est adaptée au patient, avec un intérêt esthétique évident pour beaucoup de personnes.
Je ne pense pas qu’il faille transformer le choix d’une voie d’abord en compétition de slogans. Une petite cicatrice n’a de valeur que si l’exposition permet de réaliser l’implantation précisément et en sécurité. La qualité de la reconstruction, la stabilité et la prévention des complications restent prioritaires.
Dans ma pratique habituelle d’une PTH primaire stable, je n’impose pas de liste systématique de mouvements interdits après l’opération. Les données contemporaines sur les précautions de hanche sont beaucoup moins dogmatiques qu’autrefois. Certaines situations particulières ou chirurgies de révision justifient évidemment des consignes spécifiques.
Les complications importantes doivent être expliquées franchement
L’infection est rare mais constitue l’une des complications les plus importantes d’une arthroplastie. Elle ne peut jamais être rendue impossible. Antibioprophylaxie, préparation cutanée, environnement opératoire, contrôle du diabète, arrêt du tabac lorsque possible et optimisation du patient visent à en réduire le risque.
La luxation, la fracture péri-prothétique, la thrombose, l’inégalité de longueur, les lésions nerveuses ou vasculaires et l’usure/descellement à long terme font également partie de l’information préopératoire. Le risque individuel n’est pas identique pour tous les patients : l’âge, l’os, les antécédents, le rachis et le type d’activité modifient la stratégie.
Parler des complications ne signifie pas rendre l’opération inquiétante ; cela permet de comprendre pourquoi certains choix techniques — fixation cimentée chez un os fragile, double mobilité chez un patient à risque, contrôle de la stabilité — sont personnalisés.
Après la PTH : retrouver une vie active plutôt qu’apprendre à protéger une prothèse
J’opère de plus en plus de patients jeunes et actifs. Leur objectif n’est pas seulement de marcher dans un appartement : ils veulent randonner, skier, pédaler, voyager et parfois reprendre des sports plus exigeants.
Je n’utilise pas de liste universelle de sports interdits. La reprise dépend de l’impact, du risque de chute, de la condition physique et surtout de l’expérience préalable. Un patient qui skiait correctement avant sa PTH peut généralement envisager une reprise progressive après récupération ; je ne conseillerais pas de commencer un sport techniquement risqué après l’intervention comme s’il s’agissait d’une activité nouvelle anodine.
Pour les sports à impact plus élevé, les données à très long terme restent moins solides. La discussion est donc individualisée : le but est de permettre une vie active en acceptant qu’un niveau d’incertitude existe sur l’effet d’une charge très importante répétée pendant des décennies.
Ce que les patients demandent souvent
Combien de temps dure une PTH ?
Les implants modernes ont une excellente longévité, mais aucun implant n’est garanti à vie. L’âge, l’activité, la fixation et les complications influencent la durée.
Dois-je éviter de croiser les jambes ?
Dans ma pratique habituelle après PTH primaire stable par voie antérieure, je n’impose pas de liste systématique de mouvements interdits.
Une jambe peut-elle rester plus longue ?
Une différence vraie ou ressentie peut exister. La planification et le contrôle peropératoire visent à la minimiser tout en privilégiant la stabilité.
Puis-je reprendre le ski ?
Chez un patient qui skiait déjà correctement, la reprise est généralement envisageable après récupération adaptée ; débuter le ski après une PTH est une autre question.
Références et recommandations
Sélection de recommandations et publications utilisées pour cette page. Les sources suisses et françaises sont privilégiées lorsqu’elles existent et sont pertinentes ; elles sont complétées par les recommandations internationales et les études pivots.
- SIRIS — Rapports Hanche & Genou
- SIRIS Hanche & Genou — Rapport annuel 2025 : résultats nationaux suisses des arthroplasties
- SOFCOT — Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique : médiathèque scientifique
- swiss orthopaedics — Recommandations et publications (genou, infiltrations, LCA, indication de prothèse)
- AAOS — Management of Osteoarthritis of the Hip, CPG (2023)
- Hameed et al. — Cemented versus cementless femoral fixation in primary THA (2024)
- Cavola et al. — Dual mobility THA and instability risk, systematic review (2025)
- Guo et al. — Hip precautions versus no precautions after THA, meta-analysis (2024)
- Sowers et al. — Return to Sports After Total Hip Arthroplasty
- swiss orthopaedics — Informations destinées aux patients
- NICE NG226 — Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management